Faux débat sur l'Islam, vrai débat sur la laicité.

Publié le par lapetiteboite.over-blog.fr

Du fameux débat sur la laicité que Jean François Copé voulait lancer il y a un peu plus d'un mois, il ne reste rien ou presque, une convention de l'UMP d'à peine deux heures cette semaine. Ce débat fort malvenu a malheureusement été caricaturé alors qu'il pouvait etre interessant pour deux raisons. Il aurait pu nous permettre de faire le point sur le cullte musulman en France, et il aurait pu mettre à jour la vision que nos hommes politiques ont de la laicité.

Lorsque Mr Copé a parlé d'un débat sur la laicité, on a tout de suite appellé ce débat "débat sur l'Islam". Ce procès d'intention relève de la plus profonde mauvaise foie. S'agirait-il de "dénoncer les atteintes que l'Islam porterait à la laicité" ? Nullement. Depuis la fin des années 1990 et plus particulierement depuis 2001, les hommes politiques se sont soudainement intéréssés, à la pratique du culte musulman. Pour diverses raisons, politiques, sociales, gestion des peurs, ils ont voulu avoir un moyen de préhension sur le culte musulman. C'est dans cette optique qu'a par exemple été crée le CFCM. Jean Francois Copé a juste prolongé l'idée, la question du débat était la suivante: Comment construire un Islam de France alors meme que les lois de la laicité nous interdisent toute ingérence dans la religion.

Car le constat est là, si la France est sortie à l'Islam des caves contrairement aux fantasmes de certains UMP, nous ne sommes pas non plus dans l'ère de l'Islam des cathédrales. Car si il existe environ 1600 lieux de prières pour les musulmans en France, souvent très discrèts, ces dernièrs restent très souvent modestes, puisque 60% d'entre eux font moins de 100 mètres carrés. Ainsi en 2009 le site Oumma.fr, appellait clairement les pouvoirs publics à agir, suite au manque de place des musulmans pratiquant pour prier, ces derniers ne disposant, selon les estimations que de 250000 metres carrés d'espace de priere pour 850000 musulmans pratiquants.
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Il est extremement difficile pour la communauté musulmane de construire des lieux de cultes sur ses propres deniers. Lorsque de grands projets sont menés c'est souvent avec l'appui de pays étrangers, qui y parachutent des imams qui professent des doctrines assez génantes pour la république. Le fait meme que la majorité des imams ne prechent pas en Francais apparait comme dérangeant pour les politiques désireux de créer un Islam de France.

De fait ce débat sur la laicité et l'Islam tente de répondre a une double question: comment construire des lieux de cultes aux musulmans qui en manquent cruellement, et comment faire pour former en France les imams qui officieront sur le territoire, le tout en respectant la loi de 1905 ?

Tout cela nous révèle un problème de choix. Parce que l'Islam est objet de fantasme, parce que ce mot tend à chaque fois qu'il est prononcé, les politiques et notamment la droite, mais aussi à gauche, et il n'y a qu'a regarder ce qui se passe au niveau municipal pour s'en convaincre, veulent absolument créer un Islam de France, docile, consensuel, et "en adéquation avec les valeurs de la république", d'une part pour contrer "l'offensive integriste", d'autre part pour améliorer l'image de l'Islam auprès de l'opinion publique (comme si cette image se faisait en fonction du degrès de "républicanisme que prechent les imams"). Nicolas Sarkozy a toujours révé de calquer l'Islam sur le Judaisme et de creer un Islam de France comme Napoléon avait créer un Judaisme de France. Mais le contexte n'est pas le meme Nicolas Sarkozy n'a pas les memes outils que Napoléon, outils qui lui ont été retiré en grande partie par la loi 1905. Viens alors cette trouvaille réthorique qui est la laicité positive, qui consiste en somme à donné un role politiques aux responsables religieux et plus précisemment un role d'intermediaire afin que ces derniers influent sur leurs fidèles. Or ceci est exactement le processus qui a permit à Napoléon de façonner un Judaisme de France. Le concept de laicité positive, est en fait un processus destiné à justifier une eventuelle remise en question de la laicité de 1905

Nicolas Sarkozy, n'est pas le seul dans ce cas là. Jean Pierre Chevenement a proposé la suspension temporaire de la loi de 1905 pour construire ce fameux Islam de France. Il y a la quelque chose de paradoxal dans cette affaire. Nicolas Sarkozy et la droite, ne cessent d'invoquer la laicité, que ce soit lors des débats sur le voile, la burqa, ou l'immigration le terme de laicité nous est servi à toutes les sauces. Et pour causes, dans un monde ou les identités se liquefient, dans un monde du mouvement, du temporaire, du mélange, la laicité semble etre la valeur immuable et séculaire autour de laquelle les francais se refugient, et meme basent leur identité. Cette laicité, élevée sans cesse au rang d'element central voir unique de l'identité francaise est dans les faits attaquée par ceux la meme qui l'ont promu à ce niveau ces dernieres années. D'ou le processus rhetorique, car dans laicité positive, il y a laicité.

Il y a donc un choix à faire, soit Nicolas Sarkozy veut une laicité à la turque qui est une sorte de concordat généralisé ou l'Etat dispose de leviers institutionnels forts pour controler les religions. Soit il choisit de défendre la séparation des Eglises et de l'Etat qui est la laicité à la Française. Chacune des conceptions a ses défauts, ainsi la laicité à la française proscrit toute ingérence de l'Etat dans la religion et inversement, de fait l'Etat n'a strictement aucun moyen de lutter contre l'integrisme (qui est il faut bien le dire, très minoritaire) dans les mosquées, les eglises ou les synagogues. Par ailleurs la laicité à la française, c'est le libéralisme appliqué à la religion car si tout les cultes sont égaux juridiquement, et que l'Etat se desinteressent de leur sort, la possibilité de pratiquer un culte dépendra de la capacité de ses fidèles à le financer et à l'organiser, ce qui entrainera dans les faits une certaine inégalité. La laicité à la turque laisse la porte ouverte à certaines dérives comme l'inégalité de traitement entre les religions mais aussi l'instrumentalisation de la religion comme moyen d'action politique, permis par la connivence entre élites religieuses et politiques.

Les détracteurs de ce débat se trompent donc de victime, ce débat n'a pas pour but de stigmatiser les musulmans mais il s'attaque réellement à la laicité. Si Nicolas Sarkozy veut remettre en cause la laicité telle que nous la connaissons qu'il le fasse à visage découvert.

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