Petit plaidoyer sur la légitimité d'Israel

Publié le par lapetiteboite.over-blog.fr

Je vais vous parler du seul Etat au Monde dont la légitimité est encore contestée aujourd'hui, je vais vous parler d'un Etat dont la seule évocation peut enflammer les débats les plus plats et les plus ineptes. Je vais vous parler d'un Etat dont le territoire a une superficie équivalente à celle de la Picardie, je vais vous parler du seul Etat juif du monde: Israël. L'idée d'un Etat juif est née dans les années 1880, et a connue un véritable essor à partir de 1896 date de publication de Der Judenstaat par Herzl. Il est intéressant de constater que la plupart des sionistes de l'époque ont une trajectoire similaire: fortement assimilationnistes (Herzl proposait même la conversion au christianisme des juifs de France), ils perdent peu à peu leur foi dans la doctrine de l'assimilation-émancipation au vu de l'antisémitisme, florissant dans tout les Etats d'Europe à partir des années 1880. Les sionistes politiques pensaient comme inepte le concept même de peuple juif. Seulement voila, Herzl et les autres vont partir d'une prédiction: l'antisémitisme est irréductible (certains intellectuels comme Pinsker, lui donnait une dimension pathologique et héréditaire), et empêchera à jamais l'assimilation complète et donc l'émancipation totale des juifs dans les pays européens. L'antisémitisme est nouveau dans la mesure où c'est lui qui crée le concept de nation juive. En effet, pour les antisémites, les juifs sont inassimilables, car ils constituent déjà, intrinsèquement, une nation, et qu'une nation ne peut s'assimiler à une autre surtout quand, selon les antisémites, le but de cette dernière est de conquérir le monde en sous main. Les antisémites préconisent donc le rejet des juifs, nation parasitique, dans la nation. Or la doctrine antisémite est auto-réalisatrice. En empêchant l'assimilation d'aboutir, les antisémites créent de fait une nation juive, car les juifs, ne pouvant se fondre totalement dans la nation à cause même des doctrines antisémites, ils constitueront alors progressivement une classe à part. La doctrine antisémite porte donc en elle une contradiction particulière; elle est à la fois coupable et délatrice. Des antisémites comme Drumont ou Daudet salueront d'ailleurs Herzl pour avoir reconnu les juifs en tant que nation inassimilable, simplement ils n'auront pas compris qu’ils sont eux même, avec leurs partisans, la cause de cette assimilation impossible (ce que Herzl ne manquera pas de leur rappeler).

Ainsi pour les penseurs sionistes, les juifs ne pourront jamais s'émanciper à travers une assimilation car elle ne sera jamais qu'inachevée à cause des antisémites. L'antisémitisme étant irréductible là où il est implanté il faudrait alors, pour s'émanciper, que les juifs se déplacent au sein d'un Etat ou l'antisémitisme n'existe pas, c'est à dire un Etat juif. Le projet d'Herzl est en réalité la réponse à l'interrogation: comment créer un Etat sans antisémitisme ? Cela n'a rien de nouveau, c'est le projet pragmatique même des nationalismes émancipateur : pour nous émanciper, faisons disparaitre les barrières à notre émancipation: créons un Etat où nous serons souverains. En réalité le sionisme est une réponse au nationalisme dit défensif (ou de fermeture). Dans les années 1880, les Etats nations sont le théâtre d'un autre type de nationalisme, le nationalisme de fermeture. Ainsi partout en Europe on se demande si les juifs, tout comme les autres minorités, font partie de la nation. C'est à ce moment là que fleurit l'antisémitisme. En France le point d’orgue de cette interrogation reste l'affaire Dreyfus, durant laquelle la France répondit, de manière hésitante : oui, les juifs font partie de la nation. Seulement, pour les sionistes, le fait même que la question soit posée, et la difficulté d’y répondre, montrent que cette réponse n'est qu'imparfaite et provisoire. Le sionisme est donc un projet de nationalisme émancipateur qui n'est autre qu'une réponse à des nationalismes de fermeture des pays européens.

Pourquoi tout ses rappels historiques ? Car ceux qui tentent de délégitimer Israël, se battent tout particulièrement sur le front de l'Histoire. La première étape est de nier l'existence d'un une nation juive, comme a pu le faire Schlomo Sand dans son ouvrages très controversé: "Comment le peuple juif fut inventé". En effet, si il n'y a pas de peuple, de nation, si il n'y a qu'une religion, l'Etat devient illégitime, on ne peut être légitimement l'Etat d'une religion. Mais ce que nous dit l'Histoire, notamment l'histoire des premiers sionistes, c'est qu'il faut réfléchir sur le la notion même de peuple, de nation. Qu'est ce qui fait qu'un peuple est un peuple, qu'une nation est une nation ? Un peuple porte-t-il en lui une certaine naturalité, historique ou même ethnique ? Non, un peuple est un peuple parce qu'il a décidé de se constituer en tant que tel à travers un projet politique. C'est le propos de Renan dans sa célébrissime conférence de 1882 "Qu’est ce qu'une nation?", et de la conception républicaine de la nation qui en découlera. Or selon cette conception, il n'y a pas de nation juive, mais il y a une nation sioniste, et quelle nation peut mieux coller à la définition républicaine de la nation que la nation sionistes quand on sait que des hommes qui n'avaient ni la même langue, ni la même origine ethnique, ni la même culture, décident ensemble de porter un projet politique qui transcende leur clivages ? Nier par l'Histoire l'existence d'un peuple juif pour délégitimer Israël est donc vain, les peuples n'ont pas tous une histoire linéaire et cohérente. Tout peuple a des mythes fondateurs, la France en tête avec notamment "l'histoire de France", de Michelet. Nier son existence par la filiation comme le fait Sand, conduirait a une vision ethnique et racialiste des peuples, ce qui d'abord est éminemment dangereux, et ensuite entrainerait la disparition intellectuelle de quasiment tous les peuples européens, le peuple français en tête. Ainsi la délégitimation par la négation du peuple juif est aussi hors sujet qu'inefficace, cependant, les partisans d'Israël doivent eux aussi faire attention à ne pas légitimer l'Etat juif par l'argument quasi messianique et transcendant du retour à une terre historique qui appartiendrait à leur ancêtre. Les premiers sionistes d'ailleurs ne privilégiaient pas la Palestine historique pour fonder un Etat juif, Herzl penchait par exemple pour des territoires sud-américains qui appartiennent à l'Argentine actuelle.

Dans ce cas ou aller chercher la légitimité d'un Etat ? Dans son histoire ? Dans sa puissance ? Non. Un Etat puise sa légitimité dans sa démocratie. La démocratie est ici prise au sens large, c'est à dire des élections libres et disputées, un respect du pluralisme et des libertés publiques, un Etat de droit, en somme un "un gouvernement du débat" selon Amartya Sen. Or Israël est un des Etats les plus démocratiques du monde et ce en dépit de son enclavement dans une région extrêmement instable et de toute les menaces pour sa sécurité qui peuvent en découler. Ainsi la Knesset est désignée par un des modes d'élections les plus démocratiques au monde (proportionnalité avec seuil de 2%), la cour constitutionnelle israélienne est l'une des plus respectée de la planète. Ceux qu'on appelle les arabes israéliens (20% de la population), ont été les premiers arabes à avoir le droit de vote dans la région, les arabes israéliennes, font parti des rares femmes de la région pouvant élire et être élues. La discrimination envers la minorité nationale arabe est interdite et fortement sanctionnée en Israël. Les arabes israéliens ont accès aux meilleurs hôpitaux du Moyen Orient. En conséquences (et pour montrer que ces lois ne sont pas du vent) les arabes israéliens ont l'espérance de vie la plus importante de tout le moyen orient (74 ans), sans compter le fait que les petits arabes israéliens sont les enfants arabes les mieux éduqués de la région puisque dans le cadre de la politique d'égalité stricte entre juifs et arabes en Israël, 300 000 petits arabes israéliens étudient dans les écoles et universités israéliennes. Peut on comparer ces chiffres avec ceux de la population syrienne, libyenne, algérienne (on ne parle même pas des minorités), dont le soulèvement des populations a montré la souffrance à un monde aveugle depuis 30 ans? Peut on dire des Etats environnants qui depuis 60 ans cantonnent les réfugiés palestiniens de 1948 dans des camps et leur refusent la citoyenneté alors que 88% d'entre eux la demande (le Liban a accordé les premiers droits politiques aux réfugiés en 2010, 62 ans après) qu'ils sont légitimes? Peut-on dire de l’Etat Libyen qui massacre sans vergogne ses citoyens qu’il est plus légitime que l’Etat d’ Israël? Ceux qui le pensent en ont le droit mais devront tôt ou tard assumer leurs positions. 

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CADAUX 05/03/2011 15:43


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J.Cadaux